Les autorités jordaniennes font le tri parmi leurs sites d’informations


291 sites d’information sont désormais bloqués en Jordanie.
La note de Fazey Shawabkeh, directeur du Département de la Presse et des Publications, adressée au Directeur de la Commission de Régulation des Télécommunications, Mohamed Azzat Ta’ani est claire : les sites d’informations n’ayant pas obtenu d’autorisation de parution doivent fermer. 

D’abord niée dans la matinée par Fazey Shawabkeh, l’information est finalement confirmée le soir même par Petra, l’agence de presse officielle. Cette dernière, citant le Département de la Presse et des Publications, donne la raison officielle de ce blocage : " Le blocage ne visait pas à restreindre les libertés. La réglementation et l'application de la loi sont-elles des restrictions ? Le but de cette action est de réglementer le travail de ces sites et de les protéger, de ne pas autoriser les personnes étrangères à la profession de journaliste, très respectée, de prétendre qu'ils en font partie.

En Jordanie, l’article 49 de la loi sur la presse et les publications de 1998 et ses amendements oblige toute publication en ligne à s’enregistrer auprès des autorités. En septembre 2012, lors de la publication par décret royal des derniers amendement, de nombreux sites d’information ont refusé de s’enregistrer , entendant ainsi protester contre ce qu’ils considéraient comme une atteinte à leur indépendance et à leur liberté.

Le 2 juin, date de promulgation de la note, la Commission de Régulation des Télécommunications s'exécute et enjoint les fournisseurs d’accès à internet (FAI) à bloquer les  291 sites ne s’étant pas encore enregistrés.

Ces dernières années, les sites d'informations exprimant des opinions politiques se font plus nombreux et gagnent en popularité. Ainsi, Sarayanews, l’un des sites bloqués, a une audience sur le Net plus large que les quotidiens pro-gouvernement les plus importants comme Al-Raiet Al-Dustour. Ces sites, lieux d’expression d’opinions et d’informations divergent du discours officiel et sont progressivement devenus la bête noire du régime qui a tenté à plusieurs reprises de contrôler et censurer les publications sur la Toile. D’où la nouvelle loi sur la presse et les publications, adoptée en septembre dernier, et la décision de suspendre 291 sites.

Cette décision intervient quinze jours après la tenue du Congrès mondial de l’International Press Institute (IPI) à Amman du 19 au 21 mai, au cours duquel le Premier Ministre jordanien, Abdullah Ensour, a loué le rôle des médias dans la société et indiqué que la protection des libertés, dont la liberté de la presse, était l’une des priorités des réformes en cours. Selon l’ONG Electronic Frontier Foundation, il semble que les autorités jordaniennes aient délibérément attendu la tenue de ce congrès pour annoncer et mettre en oeuvre le blocage des sites internet.

Ce blocage est à ce jour effectué sur le nom de domaine (blocage DNS). L’ensemble des sites présents sur la liste n’ont pas tous été fermés d’un seul coup. Il n’est pas exclu que les FAI aient recours à un blocage plus lourd, comme le blocage par IP.

Le 12 juin 2013, Reporters sans frontières a adressé une lettre ouverte au roi Abdullah II afin de lui demander de revenir sur le blocage des sites.

Nous publions ci-dessous la liste complète des sites bloqués, la note officielle de Fazey Shawabkeh, et la note envoyée par la Commission de Régulation des Télécommunications au fournisseurs d’accès leur ordonnant de bloquer les 291 sites listés. Ces documents ont été initialement publiés par l’équipe de 7iber.com, que nous remercions ici pour leur collaboration.

N'hésitez pas à nous contacter si vous souhaitez contribuer à la traduction de l’un des documents présentés.

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