Censure de la toile au Venezuela : les taux de changes parallèles frappés de tabou


Le 9 novembre 2013, la Commission nationale des télécommunications (Conatel) venezuelienne émet un ordre de censure contre des sites couvrant le thème des taux de change parallèles. Une procédure administrative est également ouverte contre les fournisseurs d’accès à internet permettant d’accéder aux adresses web incriminées. Cinquante sites web sont concernés par cette mesure de censure au Venezuela.

Au cours d’un message télévisé officiel, le président Nicolás Maduro annonce lui même le blocage de cinquante sites internet : “’à travers le Ministère de la science et de la technologie nous protégeons le réseau internet de ce pays, et nous retirons les sites web dolartoday.com, tucavidi.com, lechugaverde.biz, dolarparalelo.org,preciodolar.info…”. Ces sites sont inaccessibles au Venezuela, mais restent consultables depuis l’étranger.

Fidèle à sa rhétorique, le gouvernement assimile les informations relatives au dollar parallèle ou aux actuelles pénuries à une opération de “conspiration” ou de “complot” et justifie ainsi son opération de censure. “Le dollar parallèle est un dollar imaginaire, un dollar faux, imposé pour alimenter la guerre économique”, ajoute le président.

Cette censure massive survient dans un contexte de grave crise économique. Depuis 2003, le gouvernement venezuelien applique au dollar américain un taux de change fixe qui ne correspond pas à celui du marché international. La différence entre le cours officiel et le cours parallèle (en fait, le cours réel) présente un écart important.

Selon les autorités, la publication par ces sites de la valeur du dollar parallèle viole l’article 27 de la Loi de responsabilité sociale en radio, télévision et médias électroniques (Resortemec), qui prohibe notamment la diffusion de nouvelles susceptibles de “répandre la panique au sein de la population ou d’altérer l’ordre public”. Cet article tient également les fournisseurs d’accès Internet pour responsables du contenu des sites web qu’ils hébergent.

La Commission nationale des télécommunications ajoute que la Loi sur les changes illicites interdit le transfert et le change de devises à des taux de changes différents de ceux établis officiellement. L’ONG Espacio Público précise que la loi n’interdit à aucun moment la mention ou la diffusion du taux de change parallèle, qui plus est d’intérêt public. S’il est vrai que les sites web font état de taux de change du dollar vendu au marché noir, la publication de ces données ne peut pas être considéré comme un délit, et les agissement du gouvernement venezuelien s’apparentent donc à de la censure.

Nous publions ici l’une une capture écran d’un des sites bloqué faisant état de ce taux de change parallèle au Venezuela.

http://www.lechugaverde.biz/

“Depuis la fermeture de l'ensemble des sociétés de courtage au Venezuela par le gouvernement bolivarien en 2010, tous les points de vente et même l’information sur les monnaies étrangères ont été interdits, au point d'être condamné à sept ans de prison ou plus pour les personnes ou sociétés qui utilisent le taux de change non officiel.”

Le Venezuela se situe à la 117ème sur 179 pays dans le dernier Classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.

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