La corruption, un sujet tabou sur la toile vénézuélienne


Le blogueur vénézuélien Alek Boyd dénonce sur infodio.com de nombreuses affaires de corruption au Venezuela. Le 14 janvier, il met en ligne une plainte déposée par un ancien ambassadeur des Etats-Unis au Venezuela contre la firme vénézuélienne Derwick Associates. Celle-ci est accusée d’avoir soudoyé des officiels vénézuéliens pour obtenir des contrats dans l’ingénierie énergétique. Depuis, son blog est bloqué au Venezuela.

Mise à jour du 8.04.2014 - Le 3 avril, cinq jours après la publication de cet article, Derwick Associates, la firme incriminée dans l’article d’Alek Boyd, a transmis une réponse officielle à Reporters sans frontières. Nous la republions ici. Derwick Associates précise qu'elle n'a aucun rapport avec le blocage du blog de M. Boyd et qu'aucun de ses actionnaires n'a de liens avec le fournisseur d'accès Inter. Contacté par Reporters sans frontières, Alek Boyd maintient ses informations selon lesquelles des associés de Derwick Associates ont bel et bien des liens capitalistiques avec la société Inter. Son blog reste bloqué au Vénézuela.

“La censure en ligne est un fait avéré, comme le prouvent les quelques 500 pages et sites web auxquels la plupart des internautes vénézuéliens n’ont pas accès actuellement”. C’est en ces termes que répondait Carlos Correa, le directeur de l’organisation non gouvernementale de défense du droit à l’information Espacio Público, le 17 mars sur radio Éxitos à la question “le gouvernement peut-il réellement censurer le contenu d’internet ?”

Au Venezuela, l’accès à internet est assuré par une poignée de fournisseurs : Cantv, Inter, Venezolana de Telecomunicación et Movilnet (filiale de Cantv spécialisée dans la téléphonie mobile). Nationalisé en 2007, Cantv est le principal FAI du pays, concentrant 80% des abonnements à internet. Son accès direct aux données fournies par le satellite national Simón Bolívar mis en orbite en 2008 sous la direction du ministère de la Science, des Technologies et de l’Innovation, en fait un outil privilégié du contrôle de l’information en ligne au service des autorités vénézuéliennes.

Ironie du calendrier, le 12 mars 2014, Journée mondiale contre la cyber-censure, la commission nationale de télécommunications (Conatel) a informé tous les FAI du pays qu’ils devraient désormais se soumettre aux ordres de blocage des pages web dont le contenu serait considéré contraire aux intérêts du gouvernement. La Conatel n’a fait que formaliser une pratique déjà appliquée précédemment. Les autorités vénézuéliennes n’hésitent pas à censurer les informations qui les dérangent. Le 13 novembre dernier, celles-ci avaient déjà émis un ordre de censure sur une cinquantaine de sites couvrant le thème des taux de change parallèles et de l’inflation galopante.

Alek Boyd, blogueur vénézuélien résidant à Londres, s’est fait une spécialité des affaires de corruption au Venezuela. Le 14 janvier 2014, il publie un article concernant la plainte déposée par l'ex-ambassadeur des Etats-Unis au Venezuela, Otto Reich, contre la société Derwick Associates. Cette dernière est accusée d'avoir soudoyé plusieurs officiels vénézuéliens afin de remporter des contrats publics dans le secteur de l'ingénierie énergétique. L’information, traitée sur les sites de plusieurs médias de notoriété internationale comme le Wall Street Journal et le Huffington Post, a valu au blog d’Alek Boyd de disparaître de la toile vénézuelienne. Peu après la publication de cet article, un premier fournisseur d'accès, Inter, au nombre des actionnaires duquel on compte la Derwick Associates, bloque l'accès à infodio.com. Les autres compagnies de télécommunication du pays (Movistar, Digitel, Suapercable ainsi que la compagnie d’Etat Cantv) ne tardent pas à l'imiter.

Alek Boyd poste ses articles, documents compromettants et opinions depuis le Royaume-Uni depuis 2002. Protégé par la distance qui le sépare de son pays d’origine, il fait néanmoins l’objet de menaces régulières dont la fréquence et la violence se sont accrues ces trois derniers mois avec les débuts du mouvement de révolte sociale qui agite le Venezuela depuis février 2014. Il publie en ligne des informations qui lui parviennent de blogueurs locaux trop inquiets pour prendre le risque de le faire eux-mêmes depuis le pays. Depuis le début des révélations sur les pratiques présumées de Derwick Associates, nombre de ces net-citoyens et journalistes ont reçu des lettres de la part des avocats de l’entreprise d’ingéniérie énergétique qui les sommaient de supprimer les articles traitant de l’affaire sur leurs sites respectifs en les accusant de diffamation contre leurs clients, propriétaires et actionnaires de l’entreprise. Alek Boyd, qui continue de mettre ne lumière cette affaire, n’a reçu pour sa part aucun courrier officiel de Derwick Associates ou de leurs avocats.

Reporters sans frontières reproduit ici l’intégralité de l’article d’Alek Boyd ainsi que la plainte déposée par l’ex-ambassadeur des Etas-Unis au Venezuela, Otto Reich, contre Derwick Associates.

Otto Reich files amendment in lawsuit against Derwick Associates

Submitted by Alek Boyd on Tue, 14/01/2014 - 09:58

It doesn't look pretty for Derwick Associates. Not pretty at all. Readers may recall that former U.S. President's Special Envoy for the Western Hemisphere, Otto Reich, filed a RICO lawsuit against Leopoldo Alejandro Betancourt Lopez, Pedro Trebbau Lopez and Francisco D'Agostino (of Derwick Associates's fame) in New York in July last year. When reading the claim the first time I thought "this is a looong shot..." As perhaps the blogger who's written more about Derwick Associates, I saw there were a number of claims that were very odd, not least of which that Francisco D'Agostino, a Bolichico in his own right connected to Boligarch-in-chief Victor Vargas, was part of Derwick Associates. I have gotten all registry documents related to Derwick Associates, in USA, Venezuela, Panama, Barbados, Spain and nowhere had I seen D'Agostino's name mentioned. Now in an amended claim filed yesterday, Reich argues that D'Agostino has been actively doing Derwick's bidding, and has information that only someone with intimate knowledge of Derwick's operations could have access to. Namely, D'Agostino got in touch with a "Forbes writer", to whom he sent "several text messages" and made "telephone calls", after "at least a decade" of not talking/seeing each other, and "attempted to dissuade the Forbes writer from publishing the piece" about Derwick Associates in which he was meant to be working on. The "Forbes writer" was contacted by D'Agostino, after the former had sent an email to ProEnergy Services (most probably Derwick's main and most important subcontractor) asking about its work in Venezuela and relation with Derwick. Further, D'Agostino, Reich claims, offered the "Forbes writer" Derwick's financials, contracts with the Venezuelan government and with ProEnergy Services. Now, how on earth could D'Agostino have that information, if he is not a part of Derwick Associates?

But things get more interesting. D'Agostino invited the "Forbes writer" to dinner in L.A. and offered to bring Leopoldo Alejandro Betancourt Lopez (Derwick's main man) along. Interesting, eh? A man who claims to have nothing to do with Derwick, calls a "childhood" friend, who he has not seen or spoken to in "at least a decade", and offers to reveal confidential information about Derwick, and bring Derwick's CEO to a meeting, only after this friend of his started making enquiries, as a "Forbes writer", to Derwick's main U.S. partner ProEnergy Services. Why? Mind you, if what Reich's claim is true, how will D'Agostino explain his interest in preventing publication of an article about Derwick's overprice scandal in Venezuela?

But then, the amended claim fingers FTI Consulting and Sunset Reputation for "conduct[ing] investigative-type... and reputation management" services. Readers of this site are well aware of FTI and its long time relations with the worse scum of Venezuela, but Sunset Reputation, apparently Brandon Hopkins' one-man operation, has been pumping out a lot of benign PR BS on behalf of Derwick.

Derwick Associates has also retained Volkov Group, a lobbying firm headed by Michael Volkov who blogs, wait for it, "corruption, crime and compliance". What a f%$£ joke this is.

And guess who has made an appearance in all this imbroglio? David Osio and his "bank", as well as RaFa the hacker. It's all one big, happy, thuggish, Boliburgeoise family, being helped in its criminal enterprise by none other than JP Morgan.

Hilary Kramer and her stupid white wash attempt also got a mention.

In previous communications related to the lawsuit, Derwick has claimed that New York courts haven't got jurisdiction over its affairs. However, in what can prove to be a lethal counter argument, Reich is showing that the bolichicos filed a lawsuit against Banco Venezolano de Credito (BVC), Oscar Garcia Mendoza et al in New York, and one in Florida, in September 2012. So, New York courts had jurisdiction to entertain the spurious allegations made by Derwick against BVC in 2012, but don't have jurisdiction to hear claims against them in 2013? Again, what a pathetic bunch of imbeciles. Only in Venezuela can such people become multibillionaires. It's going to be truly fascinating to learn what sort of BS they'll come up with. I'd venture a prediction: sooner, rather than later, they'll pay up to avoid further complications and exposure into its dodgy activities.

The amended claim below (I highlighted the interesting bits).

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