En Tunisie, filmer un lancer d'oeuf est un crime


Le 18 août 2013, le caméraman Mourad Meherzi est arrêté à son domicile par la brigade criminelle de Gorj (Gorjani). Son seul crime : avoir filmé et diffusé les images d’un jet d’oeuf sur la personne du ministre de la Culture tunisien, Mehdi Mabrouk. Aujourd’hui, il risque jusqu’à 7 ans de prison dans le cas où il serait reconnu coupable de tous les chefs d’accusation portés contre lui. Son audience a été fixée au 5 septembre devant le tribunal de première instance de Tunis.

Le 16 août 2013, Mourad Meherzi, mandaté par la direction d’Astrolabe TV, un site d’information en ligne, se rend à la Maison de la Culture Ibn Khaldoun à Tunis pour couvrir la cérémonie de commémoration du 40ème anniversaire de la mort de l’artiste Azzouz Chennaoui, en présence du ministre de la Culture, Mehdi Mabrouk. Alors que ce dernier s'apprête à donner une interview, le réalisateur Nasredine Shilli écrase un oeuf sur le visage du ministre avant d’être violemment écarté par des membres du service d’ordre. Mourad Meherzi, déjà présent sur les lieux, filme la scène, avant de la diffuser sur Astrolabe TV.

Le jour-même, après s'être rendu à l'hôpital pour se faire délivrer un certificat médical attestant l'agression, le ministre a porté plainte contre Nasredine Shilli et Mourad Meherzi.

48h après, la police judiciaire vient arrêter le caméraman chez lui. Les policiers prennent le soin de saisir sa caméra, son téléphone portable et son ordinateur avant de l’emmener au poste de police. Au terme de son interrogatoire, Mourad Meherzi est placé en garde à vue pendant six jours.

Un mouvement de solidarité alors se constitue pour protester contre le placement et le maintien en garde à vue du caméraman. Une conférence de presse est organisée dans les locaux du Syndicat national des journalistes (SNJT) le 21 août. Elle rassemble des représentants d’Astrolabe TV, du SNJT, du Syndicat de la culture et d’autres organisations. Des journalistes d’Astrolabe TV entament une grève de la faim en solidarité avec Mourad Meherzi.

Le 23 août 2013, le procureur du tribunal de première instance de Tunis décide de son placement en détention préventive à la prison de Monarguia en attente de sa comparution. Pour avoir simplement filmé le geste de Nasreddine Shili, Mourad Meherzi est notamment poursuivi pour avoir fomenté un complot pour commettre des violences contre un fonctionnaire accompagné d’un acte préparatoire (article 120 du code pénal), et d'avoir nuit à un tiers ou pertubé sa quiétude à "travers les réseaux publics des télécommunications "(article 86 du code des télécommunications).

<small>Image sous licence CC 2.0 by Richard Masoner/cyclelicious</small>

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