Singapour : le procès du Premier ministre contre un blogueur, le combat de David contre Goliath


Pour avoir publié un article s’interrogeant sur la gestion par le gouvernement du fonds de retraite de Singapour (Central Provident Fund, CPF), le blogueur Roy Ngerng s’est attiré les foudres du Premier ministre singapourien. Lee Hsien Loong demande la tenue d’un “jugement sommaire”, une procédure juridique exceptionnelle destinée à évaluer la peine de l’accusé sans juger le fond de l’affaire. 

Le 15 mai 2014, Roy Ngerng publie sur son blog un billet intitulé “Où va l’argent que vous placez dans le Fonds de prévoyance central : les enseignements du procès de l’Eglise City Harvest”. Il y fait un constat simple : le CPF est le huitième plus gros fonds de pension au monde et pourtant, la retraite assurée par ce fonds aux citoyens de Singapour est l’une des plus faibles d’Asie du sud-est. Le 18 mai, le Premier ministre Lee Hsien Loong adresse une lettre au blogueur par l’intermédiaire de son avocat, dans laquelle il qualifie les propos tenus dans ce billet d’“allégations mensongères et sans fondement”. Il ajoute que ceux-ci constituent “une diffamation très grave contre - le Premier ministre-, le dénigrant et attaquant son caractère, sa réputation et son intégrité”. Le Premier ministre exige la suppression du billet, la publication d’excuses publiques et le versement d’une somme d’argent en dédommagement du préjudice subi, avant le 21 mai.

Censure, excuses publiques et mobilisation

Roy Ngerng retire l’article de son blog le 20 mai. Il crée une pétition en ligne (3 356 signataires le 24 juillet 2014), ainsi qu’un évènement Facebook afin d’organiser une manifestation le 7 juin appelant le gouvernement à restituer aux citoyens de Singapour l’argent du CPF.

Le 21 mai, Roy Ngerng décide d’être candidat aux élections parlementaires. Il voit également la date limite pour satisfaire aux requêtes du Premier ministre repoussée au 23 mai. L’association singapourienne Maruah, militant pour les droits de l’homme, appelle Lee Hsien Loong à retirer sa plainte contre le blogueur.

Le 23 mai, le blogueur formule des excuses publiques dans une lettre adressée au Premier ministre qu’il publie également sur son blog, expliquant qu’il regrette que son article ait été considéré comme diffamatoire et s’excuse “sans réserve” pour le “désarroi et l’embarras causés” par les propos tenus sur son blog. La lettre de Roy appelle entre autres au retrait de la demande de dédommagement du Premier ministre singapourien, considérant qu’il “mène une vie modeste en tant qu’aide soignant”. Il a par la suite expliqué à Reporters sans frontières que les “excuses avaient été faites parce que [Roy et son avocat pensaient] que c’était le moyen le plus facile de sortir de cette situation, en sachant que [s’il souhaitait se battre, il se serait] dirigé vers une faillite certaine, ce qui est finalement arrivé”.

Le même jour, Lee Hsien Loong répond dans le journal TODAY en affirmant que les propos tenus par le blogueur dans son article sont “très graves et hautement malicieux”. Par conséquent, il “a pleinement droit à un dédommagement”. Il donne alors au blogueur un délai de trois jours afin de formuler une offre satisfaisante. Si Roy ne satisfait pas à cette demande, le Premier ministre le menace d’entamer la procédure judiciaire.

Licencié pour comportement “incompatible

Le 26 mai, l’avocat de Lee Hsien Loong fait parvenir au blogueur une lettre affirmant que ses excuses, formulées la semaine précédente, “ne sont pas et n’ont jamais été sincères”. Il demande à Roy de retirer quatre autres articles de son blog faisant référence au CPF ainsi qu’une vidéo qu’il avait postée sur YouTube le 23 mai. Le blogueur accepte la suppression de ces documents en ligne par le biais d’une lettre envoyée par son avocat à celui du Premier ministre et annonce la formulation d’une proposition de dédommagement avant le mercredi 28 mai.

Le 27 mai, Roy envoie un e-mail aux médias locaux et internationaux contenant le lien vers la vidéo YouTube qu’il était censé avoir supprimé. Il propose, par lettre adressée à l’avocat du Premier ministre, la somme de $5,000 en dédommagement, somme que Lee Hsien Loong refuse au motif que cette dernière est “dérisoire au regard de la gravité de la conduite de Ngerng.

Le 7 juin, l’auteure singapourienne Catherine Lim écrit une lettre ouverte à Lee Hsien Loong, dénonçant notamment les poursuites judiciaires engagées à l’encontre de Roy Ngerng. La manifestation que le blogueur avait précédemment organisée par le biais des réseaux sociaux et appelant à rendre l’argent du CPF aux Singapouriens, se déroule dans l’après-midi dans le parc Hong Lim et réunit, selon les médias, plus de 3 000 personnes.

Parallèlement, Roy Ngerng réussit à récolter $110,299 (somme annoncée au 22 juin) grâce à un appel aux dons entamé une semaine après les débuts de l’affaire, notamment afin de pouvoir dédommager le Premier ministre.

Le 10 juin 2014, Roy Ngerng est licencié de son travail d’aide soignant. La raison officielle avancée par l’hôpital est un comportement “incompatible avec les valeurs et les normes attendues des salariés”. Pourtant, le ministère de la Santé a très rapidement approuvé publiquement ce licenciement dans le journal TODAY, tout comme le secrétaire de presse de Lee Hsien Loong qui a adressé le jour même une lettre au journal The Economist, condamnant les actions du blogueur. Ces réactions ont ouvert le débat à Singapour concernant l’implication “spontanée” de fonctionnaires d’Etat et d’officiels du gouvernement dans une affaire à caractère privé.

Le recours à la procédure dite de “jugement sommaire” par Lee Hsien Loong qui doit être validé par un juge singapourien, impliquerait que les excuses de Roy Ngerng, faites sous le coup de la menace judiciaire, suffisent à considérer que l’accusation de diffamation est exacte. Le blogueur ne serait donc pas jugé sur les faits et le procès viserait uniquement à statuer sur les dommages et intérêts que le blogueur devrait verser au Premier ministre.

Reporters sans frontières appelait, le 17 juillet dernier, à la mobilisation pour le blogueur Roy Ngerng. Nous reproduisons ici le billet dans lequel le blogueur expose ses doutes sur la gestion du CPF, publié le 15 mai et retiré sous la menace quelques jours plus tard.

L’article complet en ligne ici : http://therealsingapore.com/content/where-your-cpf-money-going-learning-city-harvest-trial

WHERE YOUR CPF MONEY IS GOING: LEARNING FROM THE CITY HARVEST TRIAL

Last week, Channel NewsAsia reported about how, “The founder of City Harvest Church Kong Hee and his five deputies (are) accused of misusing millions of church building funds.”

According to Channel NewsAsia, “The court accepted that there is evidence to show that the monies were moved from the church to the various firms to generate a false appearance that the church’s investments were redeemed. The judge said the six had been dishonest in the use of the money.”

It was also reported that, “Judge See said the auditors’ opinions were “only as good as the information they were given”.”

Below is the chart that Channel NewsAsia had created to show the relations of Kong Hee and his five deputies, and the funds that they have misappropriated.

Source: Channel NewsAsia

Meanwhile, something bears an uncanny resemblance to how the money is being misappropriated.

Channel NewsAsia had reported that, “The court accepted that there is evidence to show that the monies were moved from the church to the various firms to generate a false appearance that the church’s investments were redeemed. The judge said the six had been dishonest in the use of the money.”

“Judge See said the auditors’ opinions were “only as good as the information they were given”.”

Meanwhile, the GIC claims that the “GIC manages the Government’s reserves, but as to how the funds from CPF monies flow into reserves which could then be managed by either MAS, GIC or Temasek, this is not made explicit to us.” The GIC also claims that, “The Government, which is represented by the Ministry of Finance in its dealings with GIC, neither directs nor interferes in the company’s investment decisions. It holds the board accountable for the overall portfolio performance.” However, the PAP prime minister, the two deputy prime ministers and the ministers for Trade and Industry and Education also sit on the board of directors. Lee Hsien Loong is the Chairman and Lee Kuan Yew is the Senior Advisor.

Here are some things for you consider:

Do you know that apparently the CPF is now the 8th largest pension fund in the world?

Chart: P&I/Towers Watson World 300: The largest retirement funds

And do you know that the GIC and Temasek have used our CPF to become the 8th and 9th largest sovereign wealth funds in the world?

Chart: Sovereign Wealth Fund Institute Fund Rankings

Yet why do Singaporeans have the least adequate retirement funds in the world?

Chart: Pensions at a Glance Asia/Pacific 2011

Chart: Melbourne Mercer Global Pension Index

Chart: Developing Asia’s Pension Systems and Old-Age Income Support

And why are nearly 90% of Singaporeans not able to meet the CPF Minimum Sum, are unable to take our money out and are unable to retire?

How did the government make us set aside $253 billion in the CPF to let them earn $1 trillion for the reserves?

And why is it that Singaporeans have saved a massive $253 billion in the CPF but nearly 90% of us are unable to meet the CPF Minimum Sum, are unable to take our money out and are unable to retire?

Do you see something amiss? You are not the only one.

Perhaps Prof Christoper Balding best explained this:

The financial effect is this: SMRT profit is entirely attributable to subsidies given to it by the Singaporean tax payer and not high quality management at Temasek.  Put another way, Temasek and its senior executive are only able to declare a profit for SMRT because the Singapore government gives it money.

SMRT is socializing the risk and privatizing the profits.  When losses are incurred it is the Singapore tax payer that suffers but when profits received, it is the executive of Temasek that enjoys the benefit.  SMRT is placing the risk on the tax payer but capturing the benefit for itself.  While individuals or firms taking individual or corporate risk should be allowed to keep those profits private or socialize risk and profits, it is truly objectionable to socialize the risk but privatize the profits.

Third, the true financial and economic cost of SMRT and related infrastructure is not being recognized.  As one economist noted, if something cannot go on forever it will stop.  Singapore, SMRT, and Temasek cannot maintain a loss making firm dependent on regular bail outs to report profits or eventually it will stop.  By hiding the true cost of ownership, maintenance, and investment, the government is attempting to protect its Temasek owned asset rather than the tax payer.

Mass and public transport is a notoriously difficult and generally loss making industry.  It is however, morally reprehensible to pretend that a company is making money and use tax payer money to create  profits for the investments of family members.  The people of Singapore are being defrauded by bearing the risk of investment but seeing none of the profits.

Professor Balding also said:

If the average Singaporean had earned the average Singaporean wage since 1980 and saved the amount required by law but earned the GIC long term average rather than CPF interest, the average Singaporean would have approximately $850,000 SGD in the bank. This is approximately $300,000 more than they would have earned with the same amount of savings in a CPF account. To put this number in perspective, Singaporeans pay higher fees than what the typical hedge fund would charge. The Singaporean government is directly harming everyday Singaporeans by mandating savings into a seriously underperforming asset for the governments benefit.

Third, Singapore operates a one sided model where the tax payer assumes the risk but the government gets the benefit. If the investments do well, the government keeps everything above the 2.5-4% CPF interest payment; if the investments do poorly, and let’s assume, the CPF collapses, the tax payer will guarantee the payment to CPF holders. In other words, risks are socialized while benefits are privatized.

The assets of Temasek, GIC, and the CPF are the assets of the people of Singapore. Only in certain people’s imagination are Temasek and GIC assets private and separate from the people of Singapore. The earnings in excess of 2.5-4% that the government keeps for itself that it does not return to CPF savers are directly harming Singaporeans who are on average $300,000 poorer. GIC and Temasek assets that the government insists are private despite all evidence to the contrary demonstrate the governments disdain for the blessing of the financial bounty it has received from the Singaporean taxpayer.

In view of the unreasonable increase in the CPF Minimum Sum, we will be organising an event on 7 June at 5pm to call for Singaporeans’ CPF to be returned to us.

The PAP has used government to pursue their own hidden agenda, while forcing Singaporeans to live more difficult lives. The PAP has taken our retirement for themselves to earn high interests on it, while devaluing our CPF and our ability to retire.

This is wrong. We have to stand up and speak up against this scourge. It’s time to stand up and come together to speak up against such wrongdoings.

You can join the Facebook event page here.

We have also started a petition to the Singapore government to honour our contributions to our CPF and return our CPF to Singaporeans. You can sign the petition here.

Video: How The PAP Started Cutting Down On Singaporeans From 1984

Roy Ngerng

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