Zambie : haro sur les sites d’information indépendants


Pendant la campagne électorale de 2011, Michael Sata, alors leader du parti d’opposition Front Patriotique (PF), promet de débarrasser la presse zambienne de toute interférence gouvernementale s’il est élu Président. Dans un pays où la pluralité des médias est loin d’être une tradition - il n’existe que trois quotidiens à diffusion nationale en Zambie - cette promesse séduit. Pourtant, depuis son arrivée au pouvoir le 20 septembre 2011, on ne peut dire que la situation s’améliore. Pire, les autorités zambiennes se livrent actuellement à une véritable chasse aux journalistes et multiplient les coups portés à l'information indépendante.

Blocages et arrestations

En Zambie, ces deux derniers moi l’adage “les promesses n’engagent que ceux qui y croient” s’est confirmé de plus belle. Entre juin et juillet 2013, les autorités zambiennes bloquent deux sites d’information et arrêtent trois de leurs collaborateurs, journalistes ou sources supposées.

Le 24 juin, le gouvernement zambien bloque l’accès à Zambian Watchdog, un site d’information indépendant basé hors du pays et critique envers le pouvoir en place. Les équipes techniques réagissent immédiatement et installent le site sur un nouveau nom de domaine, http://zwd.cims.in, et Reporters sans frontières crée un miroir du site. Malgré ces manoeuvres de contournement, Zambian Watchdog reste inaccessible en Zambie.

Les autorités zambiennes arrêtent également trois collaborateurs présumés de Zambianwatchdog : Thomas Zyambo, Clayson Hamasaka et Wilson Pondamali.

  • Clayson Hamasaka est inculpé pour possession de “matériel obscène”.

  • Thomas Zyambo est remis en liberté provisoire après 48 heures de détention et inculpé pour “sédition” et "possession de matériel séditieux dans l’intention de le publier". Il risque une peine maximale de sept ans.

  • Wilson Pondamali est inculpé pour "possession illicite d’une brochure militaire". Il risque deux ans de prison ferme.

Le 16 juillet, un autre site d’information indépendant, Zambia Reports disparaît à son tour du web zambien. La rédaction n’a reçu aucune explication quant aux raisons de nouvel acte de censure. Ce blocage est d’autant plus surprenant qu’en mars 2012 un membre du gouvernement avait demandé à Zambia Reports de supprimer l’un de ses articles. La rédaction s’était exécutée alors qu’elle n’avait aucune obligation légale de le faire.

Surveillance rampante

Ces arrestations et censures de site web sont l’aboutissement de la mise en place d’une politique de surveillance intrusive en Zambie.

En septembre 2012, l'Agence zambienne de l'information et des technologies de la communication1 met en application un décret de 20092 obligeant tout détenteur de téléphone portable à s’enregistrer auprès de son opérateur. Chaque client doit faire parvenir à son opérateur son nom, son numéro national d’enregistrement de carte d’identité, son numéro de permis de conduire (pour les clients zambiens), son identifiant de passeport ou de permis de travail (pour les non zambiens), son adresse postale, son adresse mail et le numéro de série de la carte SIM. Même si l’Agence affirme que cette mesure a pour seul but de lutter contre la criminalité, selon Zambian Watchdog, l’ensemble de ces données seraient collectées par les services secrets zambiens (OP ou Office of the President) afin d’identifier les opposants au gouvernement.

Ces nouvelles mesures de surveillance ne se limitent pas aux seuls téléphones portables. En février 2013, l’ONG Global Voices publie un article affirmant que le gouvernement zambien, en collaboration avec les autorités chinoises, installe un système de surveillance et de contrôle du réseau Internet. L’ONG cite une source anonyme de Zambian Watchdog :

Ils ont déjà commencé à rendre visite aux fournisseurs d’accès afin de comprendre la topologie du réseau. Pour ceux qui ignoreraient ce que cela signifie, il s’agit d’étudier l’architecture du réseau, par exemple déterminer où se trouvent les serveurs afin qu’ils puissent installer leurs dispositifs dédiés à l’interception.

Les récents blocages de Zambia Reports et Zambian Watchdog sont une preuve criante de la mise en oeuvre de ces nouveaux outils de contrôle. Pour l’un des experts en sécurité travaillant à l’hébergement de Zambian Watchdog, la manière dont le gouvernement a répondu aux solutions déployées pour tenter de contourner le blocage atteste de l’utilisation par les autorités zambiennes de solutions de filtrage reposant sur l’inspection des paquets en profondeur :

Au bout de douze heures, nous avons pu confirmer que le trafic malveillant n’était pas généré par les lecteurs mais était activement injecté dans le réseau lorsqu’un lecteur demandait du contenu du site www.zambianwatchdog.com. Ce comportement ne pouvait être expliqué que par la présence d’équipements dédiés à l’inspection des paquets en profondeur (DPI) en Zambie

Gouvernement et médias : confusion des genres

Ces mesures de surveillance viennent renforcer la reprise en main de l’information entamée juste après l’élection de Michael Sata. Peu de temps après son accession au poste de Président, une douzaine de journalistes du quotidien national The Post Newspaper se sont vus proposer des postes au sein du gouvernement... et la rémunération les accompagnant. Un journaliste du quotidien déclarait à Zambia Reports :

Nous vivons dans la peur car nous ne savons pas si nous devons continuer à informer nos responsables qui de leur côté transmettent ces informations au gouvernement (...) Nous avons désormais recours à l’autocensure ; nous arrêtons de travailler les articles dès l’instant où nous réalisons qu’ils impliquent des officiels du gouvernement.

Publications

Nous reproduisons ici deux articles du Zambia Reports publiés à un an d’intervalle, disponibles au format PDF ci-dessous.

Le premier article, publié le 25 juillet 2013, La Zambie est priée d’arrêter de bloquer l’accès aux sites web, est une lettre ouverte adressée au ministère de l’information par l’équipe du Zambia Reports suite au blocage de leur site. Celle-ci demande au ministère des explications quant au blocage du site, la tenue d’une enquête par l’Assemblée nationale zambienne sur les cas de censure en ligne et le déblocage de Zambia Reports et de tous les autres sites bloqués en Zambie. Il y est également fait mention de la collaboration des autorité zambiennes avec la Chine pour l’installation d’un système de surveillance d’Internet.

Nous la republions ici afin que les autorités zambiennes - Zambia Reports étant toujours bloqué en Zambie - puissent y avoir accès et régler ce qui n’est peut-être qu’un simple malentendu...

Le deuxième article, publié le 25 juillet 2012, Le front patriotique sengage dans un affrontement avec les médias, décrit la dégradation de la liberté d’informer en Zambie. L’article était malheureusement prémonitoire puisqu’en guise de conclusion, l’auteur écrivait :

Malgré un taux de pénétration d’internet de seulement 10%, de nombreuses personnes craignent que le gouvernement ne soit déterminé à réduire au silence ces publications Internet, privant ainsi les opposants du parti en place d’une voix pour exprimer leurs opinions.

1 Zambia Information and Communication Technology Agency, ZICTA
2 Information Communication Technologies (ICT) Act No.15

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zambiareports-25-07-2012.pdf
Description [en]: 
"Patriotic Front Heads Toward Confrontation with Online Media", Zambia Reports, 25/07/2012
PDF Translation [fr]: 
Description [fr]: 
"Le Front Patriotique entre en guerre contre les médias en ligne", Zambia Reports, 25/07/2012
zambiareports-25-07-2013.pdf
Description [en]: 
"Zambia Requested to Stop Blocking Access to Websites", Zambia Reports, 25/07/2013
PDF Translation [fr]: 
Description [fr]: 
"Zambia Reports demande de mettre un terme au blocage des sites internet", Zambia Reports, 25/07/2013